Djibouti

C’est un coin de village où paît une biquette,
C’est une capitale où le malheureux quête.

Somalie, Éthiopie, Érythrée et la mer
Encerclent Djibouti, son khat au goût amer
Que mâche au fil du jour, comme on lirait Prévert,
Le chauffeur de taxi Toyota blanc et vert.

Au jeune Djiboutien comme au puissant Ghelé
Du muezzin l’appel à la prière hélé
Résonne dans la plaine au profil rocailleux
Et jusques au désert où vivaient leurs aïeux.

La jeunesse aux pieds nus qui marche vers l’école
Affronte le soleil, les caprices d’Eole
Au vent chaud du désert ils apprendront leurs cours
Quand cuisent les poissons yéménites aux fours.

Etoile de Kokeb, chez Youssouf ou ailleurs,
Le régal des papilles se fait à toute heure
On boit le jus de fruits un moment de délices
Qui n’a pour seul rival que le thé aux épices.

Du camion vétuste à cette caravane
Nomade, trafiquant, en chameau ou en âne
Le commerce circule et se retrouve aux caisses
Où marchander permet d’espérer quelques baisses.

Croisés sur les chemins, la route ou bien la plage
Rencontres d’un instant, des Djiboutiens sans âge
A quatre fois leur prix sont toujours prêts à vendre
Un produit importé en bois dur, en bois tendre.

Sur la rue d’Éthiopie, quand vient le point du jour
La naï entame son commerce de l’amour
Aux couleurs des néons tout le quartier prend vie
Pour répondre aux pulsions, aux besoins à l’envie

Des marins en bordée, amiral, matelots
Dansant, se trémoussant, matant les petits lots.
Changement radical hors des sentiers battus
Quand les bruits de la nuit tous enfin se sont tus.

Le Djibouti sauvage affiche ses couleurs
Celles de ses déserts ses poissons et ses fleurs.